LO   CREUSEU

 

Bulletin N° 6                                            mars 05


Sommaire

Editorial

Documents

Histoire d'ina famiyi dous Monts dou Lyonnais, quatrieumo  épisodo...
Une fois n’est pas coutume... voici de l’italien !
U
n vieux patoisant de la région : Guillaume Roquille


Editorial

Nous pouvons nous féliciter du nombre de participants (plus de 80) à l’AG de samedi 26 février à Marcenod, qui ont bravé le froid et la distance pour la bonne cause du francoprovençal. Le temps a quand même été avec nous ! Mais l’expérience compte, et je pense que pour l’an prochain, nous organiserons l’AG un peu plus tard, en mars – peut-être à Grézieu-le-Marché, suivant la proposition que nous fait Antoine Bouchut.

Remercions notre ami Roger Font, ainsi que les habitants et les élus de Marcenod, qui ont mis à notre disposition la belle salle municipale et la sonorisation, très utile, étant donné l’affluence !

Félicitons-nous aussi d’avoir étoffé le Conseil d’Administration, grâce à la candidature et à l’élection d’Isabelle Rivoire, de Claude Chambe et de Pierre Grange.

Le rapport d’activité correspond dans ses grandes lignes à ce que vous avez pu lire dans le Creuseu N° 5.

Il faut y ajouter néanmoins deux initiatives intéressantes :

- Nos débuts en milieu scolaire, au Collège de Soucieu-en-Jarrest, avec une intervention de près de deux heures dans un classe de 6e, dans le cadre de l’initiation au latin (rappelons à ceux qui l’auraient oublié que le francoprovençal et le français sont issus du latin, mais que le francoprovençal est plus proche du latin par bien des côtés (nous en parlerons dans le prochain Creuseu). Nos prochaines interventions se feront au mois de mai dans des classes de 5e qui commencent l’étude du latin.

- L’initiative d’un Comité de Liaison des groupes francoprovençaux de la région. Si d’autres régions sont regroupées au sein d’associations, par exemple lou Rbiolon en Savoie, la Fédération Romande en Suisse, Effepi en Piémont (qui a organisé la fête de Ceresole), le BREL (Bureau de Recherches et d’Etudes Linguistiques) dans les Vallées d’Aoste, le reste du « territoire » francoprovençal ne possède rien de tel. C’est pourquoi ce Comité de Liaison va établir des liens avec les groupes du Rhône, de la Loire, de l’Isère, de l’Ain, etc., dans le but d’éditer et d’envoyer régulièrement à chacun des groupes un annuaire des associations patoisantes et un calendrier de leurs activités (rencontres, fêtes, etc). Chacun pourra alors informer ses adhérents de ce qui se passe chez les voisins et les inviter à des visites mutuelles. Nous établissons des relations avec le groupe d’Amplepuis et celui de Montbrison. Signalez-nous d’autres groupes francoprovençaux que vous connaîtriez !


Par ailleurs, nous avons participé au titre de conseillers en francoprovençal lyonnais à l’édition d’un album de Tintin, à paraître prochainement (où le capitaine Haddock parle « lyonnais »). Nous vous informerons de sa publication.


Documents

I) Histoire d'ina famiyi dous Monts dou Lyonnais

4. quatrieumo épisodo...

Mo parins étiant bien « pratiquants ». Je récitôyant la prayiri insion lo demadin apré lo dejunô et lo devéssè avant d’allô se couchi. Pa la féta de la Croué, mon pôre fabriquôe de pitchites croués, avoué de branches dez olagni, qu’a plantôe din tote les tarres qu’étiant senô. Mo parin n’étiant pô riches, je ne mijôyant pô dez ortolans tou lo jors, mé je mijôyant quand mémo à noutra fan, coma je dion ! O yéte surtout de chouzes dou jardji et de le tarres, je tuoyant i cayon tou loz ans, et pu j’amassôyant (suivant la saison) de pissanlits que je mijôyant avoué d’ulo de chou, o yéte bin fran bon ! de champignons, de chôtagnes, ma môre faise de « papes » (d’éga avoué de farena), de sira : o n’éte pô de vi, mé fabriquô avoué ce que restôe din la barrata apré lo buro ! Quand yeulla ou de vès me seûrs fèsiant lo fromajo, je beuviant i vèro de lètche : o parè qu’o yé bon pa la sandô.

Coma je voz ai dji, i n’étchant pô riches et je ne gaspiyôyant pô, o n’éte pô icore la sociétô de consommation coma vore, mé ma môre tene à noz abiyi chôdamin ; et tant pis si je n’étiant pô à la mode ! mé l’ivar, so la « pélerina » fabriquô avoué de grou tissus, j’étchant fran bien. Et pi le galoches yautes : semeules de boué avoué de mochettes et quôzi tous lo devéssè, mon pôre avizôye si o manquôe de mocheuttes et a nen rebetoe ! o yé qu’à l’ecôla, je fèziant de glissades et le mocheuttes s’uzoyant et lo pôre se betôe à gueulô... et lo lindeman, o recominçôe !

Ma môre ne poyeu pô suportô de vère de pan din le pubeulles ! O ne risquôe pô d’arrivô vé chino : lo viu pan, je lo fèziant greuyi ou bin je lo beutôyant din la sopa. Me, j’amôye bien la sopa, mé le fricassieu de trifes me sortchant pa lo zi ! O fô djire que je nen mijôyant tou lo trè quatro jors, mé mon grand frôre amôe fran quiin !

O n’y a pro pa ué, a in’ ôtra vè !

Lo Piarro Rouéro

II) Une fois n’est pas coutume... voici de l’italien !

Un certain nombre de participants à la fête du patois de Ceresole avait demandé communication du menu. Le voici, tel quel ! Avec vos souvenirs et peut-être l’aide d’amis italiens dévoués, vous pourriez nous adresser la traduction exacte (en patois, ce serait franc bien !), que nous publierons pour mettre l’eau à la bouche des lecteurs...

Cena sabato 18 settembre

Antipasti :  affettati misti
                 vitello tonnato
Tortino di verdure
Polenta e cinghiale
Polenta e spezzatino
Formaggi misti
Dessert
Caffè
Digestivo
Vini            Barbera, Dolcetto e vino bianco, a volontà – acqua minerale
Pranzo domenica 19 settembre

Antipasti :  affettati misti
                 bue affumicato
                 vol-au-vent con funghi
                 lardo e castagne
                 peperoni con bagnacauda
Primi :        risotto con funghi
                 agnolotti al sugo di arrosto
Secondi :   Carrellata di cosciotto con contorno
                 Faraona con contorno di spinaci
Macedonia con gelato
Dolce
Caffè
Digestivo
Vini            Barbera, Dolcetto et vino bianco, a volontà – acqua minerale

III) Revenons à notre langue habituelle, avec un vieux patoisant de la région : Guillaume Roquille

La revue L’Araire (passage de l’Araire à Messimy), qui se consacre à l’histoire et au patrimoine du Pays Lyonnais, a publié dernièrement, sous la plume du président de l’AFPL, un article sur le plus grand écrivain patoisant de notre région : Guillaume Roquille (1804-1860), de Rive-de-Gier.

Voici la page de titre d’un de ses livres. Comme vous pouvez le constater, il y a près de deux siècles, les éditeurs de la région n’hésitaient pas à publier des œuvres en patois ! Il s’agit ici d’un texte qui raconte le soulèvement des canuts lyonnais en 1834. Nous savons, nous qui dans les Monts du Lyonnais avons connu aussi le tissage de la soie, sous la forme de la fabrication du velours, que les tisseurs lyonnais, réclamant un tarif plus juste pour leur travail, ont été durement réprimés à l’époque. Et ainsi, nous avons, dans notre patois, un document d’époque qui est à la fois un reportage et un poème. En voici un extrait, qui évoque de façon saisissante les horreurs du massacre de Vaise, avec un instant d’humanité, sans doute rapporté à l’auteur par un témoin. Nous avons gardé son orthographe. On peut souligner la forme poétique parfaite : les rimes et les vers en alexandrins (douze syllabes). Cela montre que notre patois est une langue qui se prête très bien à la poésie !
Totes le cruautés, loz excès de fureur
Furont éxécutòs dins qou sejour d’horreur ;
Dou noviau colonel le fatales cohôrtes
S’ôccupont su lo champ de dégonci le pôrtes,
Et d’égorgi de gins ou sein de liou logis,
Que n’ant jïn pré de pòrt avoué loz insurgis :
L’un pôrte ïn coup mortel ou pòre de familli,
L’autre pend son garçon, l’autre sagne sa filli,
In monstre plus cruel s’impòre d’ïn viéliòrd
Et ly parce lo cœur a grands coups de pugnòrd.
Plus luin quatroz efans par de cris lamentablo
Imploront la bontò d’ïn chef impitoyablo :
Inutsilo soupirs, inutsilo sanglots ;
Lo song de lious parints deja côle a grands flots,
Pòre, mòre, dué suars, ina tanta, tré fròres
Expiront so lo coups de se troupes barbòres :
« Pluròz pòs, moz efans, voutron tour est vegni,
Et voz allòs d’abôrd liou tegni compagni ! »
S’écrie ïn forcenò, plongeant sa baïoneta
Dins lo sein dou plus grand que se juint vait la rueta.
Dous z-autro su lo coup venont d’être immolòs
Par dous valiants guarris a jamais signalòs.
O ne demore plus qu’ina pitsita filli
Que déplore son sôrt et qou de sa familli.
Il allòve peri sins nulla remission,
Quand ïn vio grenadzi nin pregni compassion.
I s’élance a son coué par apési sa ragi :
« Me tuòz pòs, s’i vo plait, dzit-ely, serai sagi. »
Lo grenadzi, frappò d’ïn tel raisonnamint,
L’avise, et dins so bras la sòrre tindramint.
A pousse ïn long soupir, abandonne sez ôrmes,
Et ne pot s’impachi de varsò quôques lòrmes.
Son cœur est devorò par de cruels remôrds
A l’aspect éffrayant d’ïn cuchon de côrps môrts.
Toutes les cruautés, les excès de fureur
Furent commis dans ce séjour d’horreur ;
Du nouveau colonel les fatales cohortes
S’occupent sur-le-champ de dégonder les portes
Et d’égorger les gens, au sein de leurs logis,
Qui n’ont point pris de part avec les insurgés :
L’un porte un coup mortel au père de famille,
L’autre pend son fils, l’autre saigne sa fille,
Un monstre plus cruel encore s’empare d’un vieillard
Et lui perce le cœur à grands coups de poignard.
Plus loin, quatre enfants par des cris lamentables
Implorent la bonté d’un chef impitoyable :
Inutiles soupirs, inutiles sanglots ;
Le sang de leurs parents déjà coule à grands flots,
Père, mère, deux sœurs, une tante, trois frères
Expirent sous les coups de ses troupes barbares :
« Ne pleurez pas, mes enfants, votre tour est venu,
Et vous allez tout de suite leur tenir compagnie ! »
S’écrie un forcené, plongeant sa baïonnette
Dans le sein du plus grand qui s’enfuit vers la ruelle.
Deux autres sur le coup viennent d’être immolés
Par deux vaillants guerriers à jamais illustres.
Il ne reste plus qu’une petite fille
Qui pleure sur son sort et celui de sa famille.
Elle allait périr sans nulle rémission,
Quand un vieux grenadier en eut pitié.
Elle s’élance à son cou pour calmer sa rage :
« Me tuez pas, s’il vous plaît, dit-elle, je serai sage. »
Le grenadier, frappé d’un tel raisonnement,
La regarde, et dans ses bras la serre tendrement.
Il pousse un long soupir, abandonne ses armes,
Et ne peut s’empêcher de verser quelques larmes.
Son cœur est dévoré par de cruels remords
A l’aspect effrayant d’un monceau de corps morts.

..... et si vous désirez adhérer ou renouveler votre adhésion,n’ayant pu venir à l’assemblée générale, remplissez le bulletin ci-dessous (ou copiez-le) et joignez-le à l’inscription :

"Les Amis du Francoprovençal en Pays Lyonnais", Mairie d'Yzeron, 69510 Yzeron


Je désire adhérer à l'Association des Amis du Francoprovençal en Pays Lyonnais. Je joins la somme de 10 € (chèque bancaire ou CCP) à l'ordre de l'AFPL

Nom  ______________________

Prénom  ____________________

Adresse  ____________________

 

 

siège : Mairie d'Yzeron - 69510 Yzeron
contact : Claude Longre
Tél. / 04 78 23 50 81
E-Mail : c.longre@laposte.net


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